Carl Gustav Jung : Un homme Remarquable

Le monde dans lequel nous pénétrons en naissant est brutal et cruel et, en même temps, d’une divine beauté.

C.G.Jung

Carl Gustav Jung est médecin, psychiatre, psychologue et essayiste de nationalité suisse.

En français, les mots « psychologie » et « psychanalyse » sont tous les deux des termes issus du grec ancien psukhé qui signifie « âme » mais également « papillon ». Et nous savons que le papillon est le devenir de la chrysalide.
Dans le langage courant, la psyché est un miroir monté sur un châssis qui permet par sa hauteur de se regarder entièrement. La psyché, permet de voir « Tout » de soi.
Si nous sommes attentifs à d’autres langues, le mot « âme » a la même définition et suggère toujours « un état de souffle et de légèreté ».
– En arabe ; rih : « vent », ruh : « âme, esprit »
– En latin ; animus : « esprit », anima : « âme »
– En grec ; anemos ; vent.
En temps que « science de l’âme humaine », la psychologie puise ses fondements dans la philosophie.
C.G Jung, établit une distinction entre psyché et âme : « j’entends par psyché la totalité des processus, conscients et inconscients, l’âme, au contraire est un complexe délimité de fonctions nettement déterminées ».
La « Psychologie des Profondeurs » dont C.G.Jung est le Père, lie et allie les deux termes en offrant à la psyché un travail unificateur de tous les éléments, base d’une véritable « philosophie de l’âme ».
Artiste de l’âme humaine, C.G.Jung nous invite à tisser des liens où sans cesse se mêlent l’universel à l’individuel.

Sur tout ce qui est vraiment vivant plane le souffle de l’éternité.

C.G.Jung

Itinéraire d’un guérisseur blessé en son Âme

1 / L’Âme blessée : enfance, études et rencontre avec Freud

Carl Gustav Jung né le 26 juillet 1875 à Kesswil (canton de Thurgovie), il est le fils de pasteur protestant Paul Jung. Son ciel de naissance en fait un Lion ascendant Verseau, doté d’une conjonction Soleil / Uranus, le prédestinant à une personnalité puissante, novatrice et créatrice au service d’une oeuvre magistrale et pionnière.
Il reçoit une éducation religieuse qui le marque profondément, le ballottant dans des dilemmes inhérents à la foi, c’est à sa 17ème année que ses tourments s’évanouissent, sa foi se transforme, plaçant Dieu à un autre niveau, et à travers la philosophie développe une autre métaphysique.
A la fin de son collège, il doit choisir une direction professionnelle et il a beaucoup de mal à se décider ; philosophie, archéologie, sciences naturelles l’attirent. Avec l’aide de ses rêves, il confirme qu’il est plus scientifique que littéraire, sa vocation lui apparaît très clairement et il choisit des études médicales.
Passionné de philosophie, il suit son cursus médical tout en approfondissant les concepts et la pensée de Kant et d’Arthur Schopenhauer ainsi que la doctrine et les écrits des Pères des Eglises. Restant insatisfait malgré toute cette nourriture intellectuelle et théologique, beaucoup de questions restant sans réponse, il découvre un ouvrage sur le spiritisme et la communication des esprits.
Il évolue entre ombre et lumière, face à ses professeurs ; il est sensible, vulnérable aux attaques, aux reproches, et aux injustices ; il compensera cette souffrance intérieure en donnant le change avec une certitude extérieure. C’est ainsi que C.G.Jung durant toute sa vie collabora avec ce qu’il nomme « ses personnalités numéro un et numéro deux ».
C’est à ce moment là, guidé par un nouveau rêve, que C.G.Jung sait de façon indéfectible que sa personnalité numéro un est porteuse de « lumière » qu’il doit entretenir. Il doit, en parallèle, apprendre à gérer la personnalité numéro deux, « l’ombre » dotée de limites, d’interdits et de soumissions.
En 1895, il démarre ses études à l’université de Bâle et choisit la psychiatrie car derrière la maladie il y a le malade et surtout une personne.
A l’hôpital psychiatrique du Burghölzli, il devient assistant de Bleuder (1857 / 1939 ; inventeur des termes « schizophrénie et autisme ») qui fut un maître important pour l’élève C.G.Jung. Il poursuit sa formation sur l’hystérie en se rendant à Paris auprès de Pierre Janet (1825 / 1893 ; il élaborera l’analyse psychologique).

L’année 1903 est une année capitale pour lui car il épouse le 14 février, celle qui lui donnera 5 enfants et qui sera sa fidèle et précieuse collaboratrice, Emma Rauschenbach. Elle devient analyste elle-même et passa sa vie sur des recherches portant sur la légende du Graal.
Il faut savoir que tout au long de sa vie, les femmes jouèrent un rôle majeur dans le développement de son parcours d’évolution, lui fournissant les outils nécessaire pour rentrer en communication avec son anima (son féminin)

L’influence de la conception de l’inconscient selon Nietzsche, aura été majeur sur l’esprit et l’évolution de la pensée de Jung. Cette notion de « l’inconscient » pour Nietzsche était un réservoir de pensées, d’émotions, d’instincts où le rêve aurait pour fonction de réactualiser les fragments de notre passé et celui de l’humanité.

La rencontre avec Freud dans l’année 1906, sera une idylle fantastique et souffrante. Ces deux hommes vivent une relation d’exception, tant sur le positif que sur le négatif qui dure 7 ans et s’écroule en 1913. Freud voulait faire de lui son successeur pour défendre ses théories et son institution psychanalytique, mais C.G.Jung ne peut « se plier » au dogmatisme autoritaire du « Père de la psychanalyse ».
Après un « coup de foudre » et un enthousiasme réciproque, les deux personnalités individualistes et imposantes des deux hommes, s’opposèrent sur le terrain des idées qu’ils nourrissaient l’un et l’autre pour le mystère de la psyché.
La notion de réalité psychologique élaborée par Jung l’obligeait à explorer l’immense territoire de l’inconscient individuel et collectif sans être limité par la seule conception de Freud campée sur le complexe d’oedipe, de la libido et du refoulement sexuel.
Le divorce s’impose entre Jung et Freud sur les territoires de l’occulte. Le conflit des deux hommes tourne autour de la place du sentiment religieux et finalement de l’âme dans le vie psychologique.
Jung, opposé à l’aridité de l’Eglise mais fasciné par la relation de l’humain au divin, s’est plongé toute sa vie dans la psychologie de la religion qui englobait tant le Dieu des Chrétiens que les divinités païennes et la présence des esprits. Alors que Freud resta bien à l’écart de la philosophie occulte, initiatrice d’une pensée multiforme, de connotations magiques et d’ésotérisme religieux.
Jung jugeait que la psychanalyse comme les théories occultes, devaient servir à découvrir la nature de l’âme, Freud, lui, voulait faire de sa théorie sexuelle un « dogme, un bastion inébranlable contre le flot de vase noire de l’occultisme ».

2 / L’Âme guérisseuse : Psychologie Analytique, le pouvoir d’exister

Vers la quarantaine, Jung s’affranchit de ses pères (son géniteur et de ses pères en psychologie), pour se distinguer du terme de psychologie porté par Freud, de celui de psychologie individuelle adopté par Adler, Jung nomme « Psychologie Analytique » sa méthode de travail.
Jung est un chercheur, un explorateur, il a la prétention de trouver et de découvrir, plus tard il parlera de « psychologie complexe ».
Tous les grands concepts de Jung en émergence ou en gestation se préparent et se réalisent :
– l’inconscient collectif et les archétypes
– la dynamique et l’autonomie des complexes
– les associations et leurs symbolisations
– le moi et ses partenaires (persona, ombre, anima et animus)
– l’individuation et la quête du Soi
– l’image de Dieu
– les typologies et les attitudes
– l’alchimie

Jung part à la découverte du monde et nourrit son personnage d’explorateur (son ascendant verseau) dans les années 1920.
En Afrique du Nord (1920), il part en quête des oasis, il va successivement chez les Indiens Pueblos en Arizona, au Nouveau Mexique et au Kenya en 1925. Il fera un voyage en Inde en 1938.
Il découvre l’énergie du mandala (1918) qui participa à l’élargissement de sa vision. Il étudie le traité d’alchimie chinois, le Mystère de la Fleur d’Or, il découvre le Yi-King ou le Livre des Mutations, un art divinatoire chinois.
Ces nombreux périples favorisent l’ouverture de son esprit et étanche sa soif de comprendre ; il peut étudier les valeurs mystiques basées sur différents mythes, des religions orientales, de l’hermétisme. Jung considère qu’il est évident et indispensable de respecter les aspirations mystiques de l’âme humaine.
Au cours de ces années d’aventure, il rapporte des découvertes majeures qu’il communique et partage par la voie de l’enseignement et des émotions qui contribuent à enrichir et affiner son oeuvre.
Par cette expérience des voyages, il confirme son intuition de l’importance de l’histoire de l’humanité au regard de l’histoire personnelle. Les éléments de la psyché ne se réduisent pas au capital individuel qui déborde et qui puise aux sources du fondement de l’histoire universelle.
Courant le chemin, il organise de nombreux séminaires et conférences, mais ne dispose pas de chaire, des polémiques lui collant au dos sur des points de vue dits « antisémite ».
En 1935, il se forme une association professionnelle présidée par Jung, regroupant médecins et non médecins de tendances différentes et disciplines variées.
Il lui aura fallu patienter 60 ans pour que son cours de « psychologie complexe » devienne un cours régulier, et c’est en 1944 à 69 ans qu’il entre enfin par la grande porte en recevant sa chaire, créé spécialement pour lui, de médecine psychologique, à l’université de Bâle.
Pour des raisons de santé, 2 ans plus tard, il sera contraint de démissionner.

3 / Rencontre avec son Âme : Expérience de la mort

En 1944, il est victime d’un infarctus à 69 ans, il fait l’expérience de la mort rapprochée. Une force invisible l’oblige à revenir sur terre. Ce sera un événement décisif sur son ressenti de la frontière de la mort, ce sera pour lui une deuxième initiation.
En 1948, s’organise un conservatoire, véritable laboratoire de la pensée jungienne et de ses concepts. Il a pour vocation de former des élèves et poursuivre son travail de recherche ; savants et étudiants sont admis pour apprendre et parfaire les connaissances relatives à la psychologie analytique.

En 1955, il perd son épouse Emma, le 27 novembre. A sa mort, il grava sur une pierre : « Elle était la fondation de ma maison » ; on dit qu’il s’écria et dit : « C’était ma reine, c’était ma reine ». L’épitaphe laissée par Jung sur la tombe de son épouse est : « Ô vase, signe de ma dévotion et d’obéissance ».

Le 17 Août 1957, l’Institut Jung naît à Zurich, il devient international en 1958.
C’est la période où Jung décide de raconter sa vie ; « ma vie est l’histoire d’un inconscient qui a accompli sa réalisation ». Il s’agit de Ma vie ; Souvenirs,rêves et pensées, publiée un an après son décès.

Jung à l’éminence de sa mort, il la voit poindre et l’accepte, il s’est forgé la capacité de l’aborder consciemment et de se fondre avec elle, sans violence, ni torture.
Le 6 juin 1961, au crépuscule de ses 86 ans (8 + 6 = 14 soit l’arcane de Tempérance du Tarot qui symbolise un ange guérisseur), le maître virtuose de l’analyse, des mythes et des symboles, effectue ce passage vers un au-delà pressenti bien en amont des doutes et des incertitudes qui jalonnèrent sa vie.
Quelques heures après sa mort, le peuplier sous lequel il aimait s’asseoir dans son jardin, est frappé par la foudre (il était signe de feu) et se fend en deux.

Symbolisme du Peuplier :
C’est « l’arbre du peuple » ; ce sont sous les peupliers que ce prenait les grandes décisions.
Selon les traditions européennes, le peuplier est rattaché à l’autre monde, à la vie cyclique des âmes, c’est l’arbre de la mélancolie, du souvenir des êtres disparus.
Le peuplier reste porteur d’espoir et de promesse de régénération.

Carl Gustav Jung se reconnait dans le mythe faustien, ce qui n’est pas étonnant étant un signe de feu et de plus lors de sa lecture du mythe à l’adolescence il dira : « ce fut comme un baume miraculeux qui coula dans mon âme ».
Il aura la capacité par la force de son tempérament et la subtilité de son âme de devenir « le Forgeron de la Totalité de l’Être ».
Il se définit lui-même comme un « empiriste qui a évolué dans les limites d’une science empirique naturelle ». Le processus d’individuation est au centre de sa psychologie analytique, processus que l’on peut nommer comme une méthode pour « devenir soi-même » ou « réalisation du Soi ».

Le développement et l’accomplissement d’un individu sont d’une importance capitale, car c’est lui le porteur de vie. Il est d’une nécessité vitale pour tout être de devenir sa propre entéléchie (du grec ancien : énergie efficace et agissante, essence de l’âme), de se développer pour devenir ce qu’il était dès le départ.

C.G.Jung

Il nous laisse en héritage une oeuvre magistrale, construite comme un « exposé psycho-religieux ».
La personnalité de Jung, construite sur 2 sous-personnalités antagonistes qui s’opposent et se complètent, avait la capacité de faire face aux extrêmes, tout en intégrant la complexité qui régit ces extrêmes. Un solide ancrage dans la réalité matérielle et pragmatique permet à Jung de prendre les « risques de dissolution et de désintégration psychique » liés aux expériences occultes, paranormales et mystiques qui ont émaillé les crises créatives de sa vie. Il puisa largement dans le « modèle néoplatonicien » combinant la mystique platonicienne avec le matérialiste aristotélicien pour poser l’idée d’un ordre universel qui régirait toute expérience humaine.
Carl Gustav Jung, fondateur d’une psychologie des cultures, auteur prolifique, fut un homme « hors-norme » du 20ème siècle. Il a voulu, guidé par une énergie intérieure supérieure, aborder l’énigme de la psychologie humaine (l’anima mundi ou « l’âme du monde ») avec un esprit fabuleusement curieux et paradoxal. Cette démarche innovante et particulière, fut assortie d’une culture phénoménale qui s’étendait sur la mythologie, la gnose, l’alchimie, la philosophie de la nature, la métaphysique, les phénomènes occultes, l’ethnologie, les tarots, l’astrologie, la numérologie, l’analyse des rêves, la puissance des symboles mais aussi la maîtrise des sciences exactes, les statistiques, la physique quantique.
Il continue à travers le temps et les âges à influencer, interpeller, inspirer par ses méthodes et connaissances multiples. Les artisans de l’âme et guérisseurs spirituels de tout bord, le monde médical de la psychiatrie diffusent et appliquent son oeuvre afin d’aider à guérir l’Âme de l’Humanité.

La beauté et la grandeur de la mer viennent de ce qu’elle nous contraint à descendre dans les profondeurs fécondes de notre âme où nous nous confrontons avec nous-mêmes en nous récréant.

C.G.Jung


Pour en savoir plus vous pouvez lire C.G.Jung ; Guérisseur blessé de l’âme de Claire Dunne qui propose une biographie richement illustrée, et ABC de la Psychologie Jungienne de Carole Sédillot.

Namaste



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