Chiron : Archétype du Guérisseur

Une grande part de votre douleur a été choisie par vous,
C’est la potion amère avec quoi le médecin en vous guérit votre moi malade.
Faites confiance, alors, au médecin, et buvez son remède calmement et en silence.
Car sa main, si lourde et si rude soit-elle, est guidée par la tendre main de l’invisible.

Khalil Gibran, Le Prophète

Le « thème chironien » est dans « l’esprit du temps », il caractérise le contexte collectif et psycho-historique d’un moment précis. La prise de conscience des schémas archétypaux va insuffler un centrage « guérisseur » dans sa propre expérience individuelle pour agir au mieux pour les besoins de l’incarnation. On est « les enfants de notre temps », on porte un héritage collectif qui se révèle à soi à un moment donné de l’existence, on est alors invité à trouver « les moyens de la guérison » par une prise de conscience ou par l’injonction d’agir. C’est à cette étape du chemin qu’intervient la capacité à détacher une conscience individuelle de la matrice impénétrable collective. Dans les couches invisibles de l’identité personnelle se dissimulent des histoires ancestrales, raciales, nationales, politiques ou religieuses, un processus libérateur de conscientisation bouscule pour se soustraire de leur emprise.

Chiron et les Ancêtres

Chiron est relié aux notions d’héritages, cette abstraction peut être une fardeau ou une affliction (Saturne) mais aussi l’opportunité d’intégrer ces mêmes données dans l’évolution de la vie de manière féconde et efficiente, en les transmutant avec l’énergie uranienne de la nouveauté.
L’héritage ancestral prend donc une place non-négligeable lorsque le centaure Chiron entre en scène ; surtout en aspect avec Saturne, avec une mise en évidence d’aspects même inconscients d’espoirs ou de rêves non réalisés.
Chiron peut mettre le doigt aussi sur des pressions psychologiques qui se sont accumulées de générations en générations, il indique la voie de libération et de rééquilibrage de cet écueil générationnel avec une figure de marginal, de « maverik », de « mouton noir » ou « vilain petit canard » dans une famille.
Il met en lumière les traumatismes non résolus ou les souffrances chroniques ancestrales qui nous sont alors présentés et que, de fait, nous devons intégrer dans notre propre spirale de guérison. Il faudra alors être attentif au retour de Chiron vers la cinquantaine.
Au temps actuel, les structures saturniennes (Pluton est en Capricorne depuis 2008) sont mises à mal, et pour certaines s’effondrent ; la sécurité extérieure est menacée, tout ce qui est familier se précarise et la zone de confort se réduit mettant en péril la sécurité intérieure, même les personnes avec un Uranus puissant ont besoin de Saturne pour définir leur propre cadre.
Lorsque les fondations saturniennes s’effritent, un processus de transformation se met en place, remettant en cause les identifications inconscientes. Dans ce désordre, les instabilités individuelles s’aggravent, provoquant un éveil spirituel ou une dépression, ou les 2. Ce désastre annoncé et perturbant, peut s’avérer une bénédiction et si les niveaux de compréhension le permettent, grâce au processus typique Saturne/Uranus, c’est le démarrage d’une nouvelle dynamique avec un nouveau paradigme charriant positivement un souffle étonnant et surprenant.
Le découverte de Chiron dans les années 1970 est un événement précurseur de cette révolution intérieure et extérieure de guérison. Il combine, de façon unique, les aspects propre de Saturne comme le respect du passé, les limites personnelles, et les lois des mondes matériel et spirituel, avec la vision, la clarté et le potentiel d’Uranus. Chiron invite à manifester cette complémentarité dans la vie, à l’expulser au niveau social, le royaume de Jupiter, où la générosité d’esprit et le désir d’être au service d’autrui incitent à rechercher à améliorer le monde qui nous entoure.
Le chemin de Chiron est la « voie du milieu », guidant sur l' »ouvrage » de façon non-compulsive et paisible, on souhaite accomplir ce qu’on ressent profondément dans notre for intérieur et qui semble être notre devoir, pas à pas avec sagesse même si à l’extérieur se perpétue le tahu bohu (terme hébraïque qui veut dire agitation confuse).

Chiron et le Voyage Spirituel de la Guérison

Chiron propose avec sa propre coloration un « chemin d’individuation », comme la révélation de sa propre nature innée. Avec l’appui d’aspects inconscients ou conscients, il reflète le parcours de vie comme un miroir de la « psyché », et enseigne « ce qu’on est venu travailler dans cette incarnation ». La flèche de Chiron est autant le symbole de sa souffrance que de sa transcendance. Partout où Chiron se manifeste, il y a une tendance à extérioriser ce qui devrait être résolu intérieurement et sur le plan symbolique. Une lutte constante va s’infiltrer et on essaiera de se guérir soi-même. En abandonnant ce combat, on entre en résonance avec l’épisode du mythe où Chiron renonce à son statut de demi-dieu et transmute en essence immortelle. C’est à cette étape qu’on trouve « la voie intérieure », en introspectant sa propre existence.
Guidé par « le maître intérieur », à qui l’on doit obéissance, l’astre chironien décrit le chemin et la nature des enseignements qu’on doit tirer des expériences dans cette vie là. Alors commence le voyage spécifique de reconnexion à la notion du divin. Le voyage est transcendé lors de la reconnaissance mystique que le voyage, le voyageur et la destination ne font qu’Un. Quand on est prêt à entendre le « guide intérieur », il va s’approcher délicatement et alors prendre les rênes de notre vie, prodiguer conseils développant sagesse et compréhension comme bienfaits multiples pour le voyageur. Chiron révèle alors la contribution d’une personne à l’œuvre commune. Le processus d’individuation va donc se déclencher à l’approche de ce « guide intérieur révélé et abouté », ainsi qu’une inflation d’un désir d’immortalité par peur de mourir, décrivant la difficulté à accepter le caractère irréversible de la mort physique et créant en réponse l’impulsion prométhéenne, le besoin impérieux de trouver au sein de notre humanité, l’étincelle divine.

Chiron et l’Ombre de ses 3 Archétypes

Sois toi-même, toutes les autres personnalité sont déjà prises.

Oscar Wilde

Chiron est le réceptacle de 3 archétypes différents d’expression : le guérisseur, le blessé et le blessant. On est bien dans le mythe chironien et sa triade. Durant l’existence, on pourra de façon successive passer d’un avatar à l’autre selon les besoins et les circonstances de l’état d’âme et psychologique du moment et de l’expérience à explorer. Le constat de la compréhension de cette fêlure qui nous blesse et blesse autrui, libère une énergie étonnante de réparation.
Au cours de notre vie, on aborde tour à tour ces différentes postures qu’on utilise comme moyen de lutter contre la vulnérabilité et la fragilité humaine, contre la crainte de vivre la répétition de situations inconfortables. On met en place, avec détermination, des efforts pour changer, modifier les schémas, les évènements et les circonstances en récurrence. Le message est clair : « Les mécanismes se répètent ou reviennent uniquement s’il n’y a pas eu résolution ». Quand on s’assouplit et que l’on comprend avec bienveillance et gratitude, « ce qui est », la croix à porter et le poids sur le cœur s’allègent ; la démarche identifie et réforme les comportements toxiques, elle permet de mettre en place un travail en collaboration avec les « choses répétitives désagréables » qui va débloquer et libérer les tensions, déblayer le chemin afin d’avancer plus allégrement.
Un des éléments fondamentaux dans la procédure du processus chironien est « l’ombre » que le maître guérisseur met en lumière. L’ombre se définit comme « l’objet qui est derrière ou en dessous de la perception consciente, souvent en opposition avec le comportement invariable de l’individu et la vision qu’il a de lui-même ». L’ombre sera de fait une menace pour les structures de l’égo et le concept de soi. Son apparition est souvent précédé de sentiments de peur, de colère ou de fuite ; on le ressent, en effet, comme incontrôlable car inconnu dans son aspect archaïque, dans ses limites et consistances. C’est alors que sortent du bois de notre psyché, les 3 archétypes qui vont s’articuler pour survivre et contenir « la douleur » : en une partie supérieure, le sage guérisseur (partie humaine du centaure) et en une partie inferieure, le blessé (partie animale du centaure).
Idéalement, on jongle avec plus ou moins d’aisance ou difficulté avec ces 3 personnages pour garder « la face » mais c’est vraiment à l’heure du retour de Chiron, quand il aura enfin clôturer sa boucle (50 ans) que l’on sera capable d’intégrer, d’apaiser ces différentes parties plutôt que les stimuler sur un mode compétition et les séparer entre elles. Le passage de Chiron à 50 ans, consiste à guérir « sa partie humaine », restaurer sa « partie divine » et mettre sa vie au service du mieux-être de la planète. Cette période active une expansion de la conscience avec un flux énergétique puissant qui circule vers les chakras supérieurs (dont celui de la couronne) marquant intensément le processus initiatique de l’astre chironien.
La proposition de Chiron, dans son processus évolutif de réparation, met un terme à ce cycle infernal afin de nous offrir une décence vertueuse et pure d’exister.

Chiron, le Guérisseur qui ne sait pas se guérir

« La blessure est à l’endroit où la lumière entre en vous »

Rumi

Chiron est l’archétype de ce qu’on peut ou sait faire pour les autres alors qu’on en est incapable pour soi-même. Le mythe chironien indique que lui-même ne peut soigner ses propres blessures malgré sa qualité et compétence à guérir les autres ! Dans cet aspect, ce qui se profile aussi est de donner aux autres la guérison dont on a besoin, alors que l’on est incapable de s’abandonner intimement pour recevoir le même traitement. Cette attitude est toutefois intéressante et provoque des opportunités pour faire des choix réfléchis et créatifs en pleine conscience de ses blessures et de ses limites. Cette démarche stipule une audacieuse figure de style qui met en lumière notre insignifiance que les énergies profondes de l’âme peuvent filtrer et faire briller, en dépit du doute, du sentiment d’inadaptation qui assaillent dans cette circonstance. A terme, il sera aussi possible de s’en libéré.
Chiron, voyageur solitaire, exilé et marginal du royaume olympien, parle aussi de la notion d’être étranger à soi-même, siège de la souffrance humaine. Dans cette errance, ne pas savoir qui on est, on oublie à force de vivre, où l’on s’est refugié ou caché. Chiron s’active à un moment de la vie pour ramener la mémoire et entreprendre une quête afin de retrouver la conscience de soi qui s’est perdue en chemin. Chiron, ou la révélation de la blessure chamanique, débusque les âmes errantes et les retourne aux personnes vides de leur absence. Il n’est possible de guérir ce qui est exclu du cœur, ce que nous accueillons avec bienveillance et gratitude s’épanouira et connaîtra une transmutation énergétique divine.

Chiron et l’Errance de l’Âme

Chiron est un excellent illustrateur du processus qui relie l’incarnation et la réincarnation. Il est en partie responsable du « projet d’incarnation » lié à l’aspiration de l’âme.
Une croyance voudrait que l’âme « choisisse » ses parents au moment de la conception après avoir passé du temps dans d’autres dimensions à préparer sa nouvelle incarnation. L’âme apporte avec elle des fragments d’expériences personnelles non résolues en d’autres temps et d’autres lieux. Elle est aussi pleine de qualités, de dons et sagesse de sa vie précédente. Cette croyance décrit la continuité de l’âme individuelle au cours des différents cycles de réincarnation.
Une autre vision est qu’il y a un univers qui se déroule continuellement auquel on participe de façon ponctuelle, l’âme individuelle ne perdure pas et se fond de nouveau dans le grand Tout. On n’est pas porteur de cette histoire qui se prolonge à travers le temps, elle ne nous appartient pas, on l’a choisi afin de travailler avec elle. Nous sommes dans l’énergie de l’inconscient collectif. Nous sommes des acteurs de la tragédie humaine et les thèmes que nous abordons paraissent personnels et familiers, le principe de continuité est préservé mais la façon dont c’est traité est une affaire personnelle. Chiron dans l’équation favorisent multiples questions et champs empreints d’une grande force qu’on a extrait « d’un ailleurs « afin de les résoudre.
La thématique des « vies antérieures » est de l’ordre de la symbolique, quelque soit la croyance qui prend sens à nos yeux. C’est l’occasion de mieux comprendre et d’intégrer le « sens de l’expérience » ; peu importe la provenance, les traumas, les débris de réalité non résolus auront tendance à se « reconsteller ».
Les expériences des « vies antérieures » peuvent signaler un élément important dans cette vie là en rapport avec la compréhension de sa vulnérabilité.

La Quête de Chiron

Avance en quête de ta joie intérieure et ta paix
Alors toute chose extérieure se matérialisera.

Sagesse Céleste

Chiron décrit la « manifestation concrète » d’une qualité de l’être. Cela se traduit par une invitation à réaliser ou poursuivre quelque chose de précis. La thématique de la quête s’éveille alors à soi. La configuration de Chiron dans le thème indique « un contrat d’incarnation' » qu’il est souhaitable de mener à bien afin d’accomplir « sa destinée ». Bien qu’il nous soit donner en reflet partout le « but intérieur » de la quête, elle ne se cherche pas en dehors. La quête ne se trouve pas « ailleurs » ; dès que l’on a reconnu et entendu « le guide intérieur », qu’on a appris à l’écouter, toute sollicitation, toute pratique, toute connaissance seront alors vécues comme une nouvelle richesse sur le chemin de vie impossible à éviter. Que l’on collabore ou pas au processus de conscientisation, il ne s’agit pas ici de quelque chose que l’on peut obtenir ou faire, le voyage d’éveil pourra être assombri par des compagnons démoniaques et sombres mais ils seront nécessaires au chemin de compréhension. Le chemin de souffrance et le désir d’y échapper, nous fera faire des détours et retours, vivre parfois dans l’enfermement du labyrinthe, mais ce sont ces étapes qui nous enseigneront la justesse du chemin et sa pertinence afin d’accéder à l’étincelle divine enfouie en chacun de soi.
Tel est l’enseignement du Centaure et de sa flèche qui nous guide toujours au mieux, intelligemment et précisément dans le moment présent.

Namaste



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