Vénus : l’Archétype de la Beauté, de la Séduction et du Plaisir

La femme a une puissance singulière
Qui se compose de la réalité de la force
Et de l’apparence de la faiblesse

Victor Hugo

Vénus ou le Désir Primitif

Le nom de Vénus est emprunté au 13ème siècle au latin Vénus (éris) qui signifie « amour, l’acte amoureux, l’objet aimé », il correspond au sanskrit vanchti, « il désire », et à l’ancien allemand wunskan « désirer ». Le nom semble donc exprimer primitivement le désir.
Vénus participe ainsi au large champ d’action de la libido (aspect énergétique psychique de la volonté d’être, l’élan vital selon C.G.Jung, ou « la manifestation dynamique dans la vie psychique de la pulsion sexuelle » selon Sigmund Freud) et elle partage avec Mars le sens qui est couramment donné dans le domaine sexuel, soit la « recherche instinctif du plaisir sexuel ». La sexualité vénusienne est sans doute plus complexe que celle qui s’exprime de manière physique et quasi animale quand elle est constellée par l’énergie martienne. Vénus ne porte-t-elle pas en elle à la fois le souffle érotique, erratique et inventif d’Uranus (octave supérieure de Mercure) et l’imagination romantique, artistique et spirituelle de Neptune (octave supérieure de Vénus) ?
Le désir vénusien constelle non seulement la sexualité mais il tend aussi l’individu tout entier vers l’amour de la vie, l’amour de soi et la quête du plaisir et de la satisfaction.
Certains états mélancoliques sont souvent associés à un manque de libido qui correspond à un manque d’appétit de vivre et à une difficulté d’incarnation. C’est là que l’énergie vénusienne intervient en invitant à goûter aux joies de l’amour, elle nous indique que c’est grâce à son pouvoir et ce qu’elle représente dans les énergies de l’amour créateur que nous sommes venus au monde.
D’un point de vue philosophique, le principe du plaisir occupe une place primordiale dans la sagesse de vie épicurienne (doctrine d‘Epicure, philosophe grec partisan de privilégier les besoins primaires du corps). Plaisir ne veut pas dire débauche et la philosophie épicurienne propose le défi de cultiver la maîtrise de soi en même tant qu’un état d’abandon et de réceptivité, afin de jouir de ce que la vie offre sans pour cela devenir esclave du désir ni du plaisir.
Dans cette pensée, la sensualité est le bien suprême et la jouissance se vit au présent dans l’expérience tangible du sens, loin de toutes élucubrations abstraites ou prétentions à élaborer rationnellement un idéal de vie.
Si l’on se tourne vers les philosophies orientales qui traitent du même sujet et prônent également la maîtrise de soi, la réceptivité et le lâcher-prise dans la connaissance du plaisir, on observe que la pensée est dirigée sur la recherche d’un état d’équilibre, d’harmonie et de non-attachement dans le cycle du désir, de la satisfaction du désir et de la félicité qui s’en suit. Elle signale le danger d’éprouver de la peur à perdre l’objet désiré et met en garde contre la démarche de l’attachement au plaisir de le posséder. Cette attitude est, en effet, l’écueil qui est source de conflit et de souffrance propre à l’humanité.

Vénus ou l’Expression d’une libido sublimée

Ça ressemble à un rêve
Qui pose le pied sur terre
C’est peut-être une trêve
En un seul exemplaire
Mais on se moque bien
Quand paraît l’éclaircie
De savoir si, demain,
Durera l’Embellie

L’Embellie, Calogero

Le domaine de prédilections de Vénus est la sphère sexuelle de la libido où désir et plaisir s’entrelacent de façon intime. Le plaisir sexuel est considéré par l’humanité comme le plaisir par excellence. La dimension physique et sensuelle, autant que la dimension imaginale et mentale symbolisée par Vénus, gouvernant respectivement le signe du Taureau (terre=sensation, plaisir charnel) et le signe de la Balance (air=mental, plaisir intellectuel) rythment la vie de moments exceptionnels où le désir et la satisfaction du désir sont des plus tangibles et des plus épanouissants.
D’où provient ce besoin essentiel dans la vie de l’être de la quête de jouissance ?
Platon apporte une réponse dans ce mécanisme complexe, dans son œuvre, notamment avec « le Banquet » où il décrit une dynamique triangulaire entre le manque (pénia « dénuement, indigence »), la satisfaction du manque (poros « ressources, stratégies, la voie astucieuse pour arriver au but ») et l’amour Eros, qui est le résultat de l’union de Pénia (déesse de la pauvreté) et de Poros (fils de la déesse Métis), le jour de la naissance d’Aphrodite. Cette mécanique se nourrit de cette tension créée par la manque et le désir de satisfaire ce manque.
Le manque, le désir, la satisfaction et le plaisir forment ici un quatuor qui euphorise la vie et trouve une de ses complètes expressions dans l’attraction amoureuse, la sexualité et les liens tissés avec l’Autre. Vénus est directement impliquée dans cette ensemble et l’interprétation de sa position dans le thème natal peut illuminer ce qui motive instinctivement le manque, et par extension le désir de le satisfaire, le plaisir qui en découle ; elle révèle aussi les dons innés pour arriver à ses fins. Vénus n’alimente pas cette dynamique uniquement dans le rapport amoureux, et l’importance apportée au culte de la déesse incite à penser qu’elle représente un élément civilisateur dans la culture occidentale chaque fois qu’est établi un lien entre un vide et la pulsion de pourvoir à ce vide dans un échange magnifié par l’amour et la beauté.
Le sentiment d’accomplissement et de rayonnement esthétique qu’elle inspire marquerait la différence entre survivre et bien vivre ainsi que la mise en lumière du pouvoir fondamental et intrinsèque qu’elle a d’embellir la vie.

Vénus ou l’emblème d’être amoureux de l’Amour

Car c’est l’instant présent
Qui reprend tout ses droits
Après tant de tourments
Sans fin sans foi ni loi
On ne la souhaitait plus
On se disait « C’est écrit la paix n’existe plus »
Et voilà l’embellie

L’Embellie, Calogero

Vénus est sans contexte celle qui maîtrise l’art d’activer l’immense royaume de l’Amour et de la sexualité en favorisant toutes les métamorphoses qui s’ensuivent. Elle représente cette part intime en chacun de nous qui aspire à être amoureux de la vie elle-même et de l’Amour. La « déesse au doux sourire » infuse confiance dans la vie à tous ceux qui l’honorent. A l’opposé, elle maudit et châtie les misérables qui lui manquent d’égards.
La tradition judéo-chrétienne et la société moderne en manque de sens glissent considérablement vers une offense affichée et une considération négligente pour notre déesse alchimique de l’Amour : l’une en mettant le pêché au centre de la notion de plaisir sexuel et l’autre en commerçant avec les sensations de séduction et de plaisir superficiels. Pourtant, l’énergie vénusienne continue d’agir sur les non-croyants de l’enchantement de la vie, ces individus perdus refusant de l’honorer comme il se doit.
La stagnation, la culpabilité, la peur, le manque d’estime de soi, l’insatisfaction, le ressentiment, la banalisation sont quelques exemples de problèmes liés au rejet ou outrage commis à l’endroit de la déesse de l’Amour et du Plaisir.
Tomber amoureux, être séduit et la sexualité sont des cadeaux affichés et proposés par Vénus. Qu’on les accepte ou pas, c’est nous qui faisons la différence ; en les accueillant, nous mesurerons la réflexion, la maturité, la capacité d’être transformé par l’expérience amoureuse. Avec les moments de « folie divine » distillés par le philtre magique de la vénusienne où la passion enflamme, bouleverse, renverse, emporte tout sur son passage, il faut savoir entrer dans cette folie sans savoir comment en sortir. Ce n’est qu’après avoir pris un certain recul par rapport à ce qui nous est arrivés qu’il est éventuellement possible de comprendre à quel point il fallait traverser cet aveuglement – au grand désespoir de l’ego impuissant – pour découvrir une nouvelle dimension de sa vérité profonde. Ce grand chamboulement émotionnel est une étape vers la conscientisation et la réconciliation des fragments paradoxaux qui participent à l’harmonie et à l’unité intérieure. La destruction des illusions et la récupération de nos projections, accompagnées des transformations qui en découlent, sont fondamentales dans le processus d’individuation et Vénus en est l’instigatrice des plus séduisantes.

Vénus ou l’Expression Sacrée de l’Amour

Ça touche le solitaire
Perdu dans sa détresse
Des millions d’âmes en guerre
D’avoir cru des promesses
Ceux qui marchent dans l’ombre
Des tours du mépris
Juste avant qu’ils ne sombrent
Apparaît l’embellie

L’Embellie, Calogero

La dualité de Vénus s’inscrit dans l’expérience de l’Amour Sacré et de l’amour profane. Son inspiration sacrée et son aliénation profane ont chacune leur raison d’être et toutes 2 témoignent de l’importance de cet archétype dans le processus d’individuation, la quête de complétude et de bonheur.
La dimension sacrée du rapport intime de 2 amoureux s’approche pour certains de l’expérience mystique en ce qu’elle apporte une inspiration indicible, une extase qui ébranle à jamais leur vie. Vénus accorde la plénitude d’établir un lien entre l’instinct humain et les aspirations spirituelles qui embrasent l’existence.
Pour rester sacrée l’intimité d’une relation doit demeurer secrète car l’exposer ou l’analyser détruit son mystère et ce sentiment éternel qui en émane. Ceci dit, la magie opère même si l’autopsie objective du rapport amoureux finit par briser l’enchantement en dévoilant son énigme. Elle transforme son caractère fortuit en lui donnant maturité et profondeur psychologique ; en l’élevant ainsi à une connaissance spirituelle accomplie. Cette métamorphose de la relation dépend de la démarche personnelle de chacun et de la volonté de cheminer sur la voie de l’authenticité individuelle qui mène au mariage intérieur, « le mariage sacré » dont parlent les alchimistes autrement dit l’union consciente des opposés, symbolisée par l’union du féminin et du masculin tant au niveau du couple de la Lune et du Soleil qu’au niveau amoureux de Mars et Vénus.

Vénus ou l’Enchantement de la Séduction

C’est un mot, une personne
Une caresse, un abri
Une chanson qui sonne
Une présence, un défi
C’est rien, c’est beaucoup
Elle a changé ma vie
Je te la souhaite aussi
L’embellie

L’Embellie, Calogero

L’activité majeure de Vénus est la séduction. Séduire du latin se « à part » et ducere « conduire » signifie « emmener ailleurs », soit emporter l’individu en dehors, au delà de son champ habituel. La séduction implique une sorte d’enchantement qui vient troubler l’ordre des choses de manière inattendue et imprévisible. On croise cette tentative déroutante non seulement dans le contexte de la vie amoureuse et de la vie affective, mais aussi dans le monde des idées et de la pensée, dans l’univers des images et de façon générale dans tout ce qui va attirer notre attention et le désir d’aller voir ailleurs.
Le côté passif de la séduction (la capacité à être séduit) défie une détermination à imposer notre volonté sur le monde extérieur et à conserver la suprématie de la raison sur la passion au sein de notre monde intérieur. Dans la morale catholique, la séduction passive ou active est condamnée car elle évoque la faiblesse de succomber à la tentation réprouvée et devenir un sujet de Satan, le grand séducteur et l’instigateur du péché originel.
Être séduit convoque le doute et provoque une déstabilisation momentanée de l’identité, mais pour peu qu’on devienne conscient du processus à l’œuvre, cette étape déboussolante favorise, après coup, une plus ample connaissance de soi, plus d’authenticité et de complétude. Ce qui me séduit chez l’autre et ce qui éveille mon désir sont des parts de moi dont je ne suis pas encore conscient mais que j’ai l’illusion de reconnaître en cet autre. Cette image projetée sur l’autre incarne mon propre mystère. La compréhension acquise et la prise de conscience effectuée sur « ce coup de fouet émotionnel » va provoquer un désintérêt pour l’autre et les prémices impératifs de la séparation.
Par contre, une union basée sur une connaissance relativement objective et réaliste de soi-même et de l’autre, qui ne sera pas « une projection » dans l’équation, ne connaît ni d’exaltation, ni les doutes de la séduction et de la passion. Elle est fondée sur des affinités réciproques et l’acceptation des différences inévitables entre 2 êtres matures et s’inscrit paisiblement sur du long terme.
Contrairement aux idées reçues, la séduction vénusienne est aux antipodes du mariage, Vénus qui est l’image archétypale de la femme/femme est aux antipodes de la Lune, en tant qu’image archétypale de la femme/mère. Vénus est l’amante plutôt que l’épouse.
Lorsque la passion aveugle plutôt qu’elle n’éclaire, lorsqu’elle emprisonne plutôt qu’elle ne libère, c’est la face perverse et destructrice de Vénus qui s’invite dans la ronde de la manipulation et les sombres jeux du pouvoir. Sans recul ni prise de conscience la passion conduit au chaos qui aboutit à une totale désintégration des êtres et parfois jusqu’à la mort psychique voire physique.
Lorsque Vénus doute de ses charmes ou de sa beauté, elle compense son manque de confiance en elle en imposant à ses victimes des situations dégradantes. D’après les mythes, les victimes de Vénus sortent indemnes et même affermies de l’épreuve grâce à l’amour, au courage et à l’intelligence astucieuse qui finissent par vaincre le côté sombre de Vénus.
Au masculin comme au féminin, le degré de confiance et estime de soi se définit par l’élément, le signe, la position de Vénus dans le thème natal.

Vénus ou l’Art d’Embellir la Vie

Je te la souhaite aussi
L’embellie
L’embellie
L’embellie
L’embellie

L’Embellie, Calogero


Vénus inspire non seulement l’Amour de l’Autre mais aussi l’Amour de la vie dans toute sa beauté. Embellir la vie c’est l’acte de rendre plus belle la vie, et c’est une précieuse vertu de la déesse vénusienne. Embellir la vie demande du temps et requiert plus d’imagination que de moyens.
L’endroit de Vénus dans le thème de naissance et sa progression au cours d’une vie informent des attentes esthétiques et dévoilent les capacités innées à créer le beau en nous et autour de nous. La position de Vénus correspond aussi à un rythme, soit la façon plus ou moins fluide de vivre en harmonie avec soi-même et d’accueillir ce que la vie concède. La fluidité sera plutôt rapide et dynamique avec une Vénus en signe de Feu et d’Air, et plutôt lente et réceptive avec un signe de Terre et d’Eau. La course aux plaisirs est signe d’une incompétence à savourer la vie et exprime un outrage à la voluptueuse déesse, l’énergie vénusienne suggère de ralentir pour cueillir, humer et butiner toutes les fleurs qui parsèment le chemin. Elle propose l’émerveillement subtil de chaque instant.
Vénus n’est jamais loin Soleil (au plus loin elle sera à 48° de celui-ci), le besoin de soigner son apparence fait partie de la construction d’une image solaire solide et confiante qui va de pair avec l’amour de la vie. L’expérience raconte bien que la beauté et la séduction sont des atouts naturels qui enrichissent et pimentent la vie grâce au pouvoir d’attraction de Vénus.
La déesse de l’Amour possède un miroir à 2 facettes dans lequel elle nous invite à contempler notre image, certes pour y découvrir notre beauté extérieure mais aussi pour éveiller à la conscience de notre beauté intérieure. Le reflet de ma propre personne, que je scrute dès ma petite enfance, confirme la réalité de mon incarnation comme Être séparé des autres. Le reflet que me renvoie le regard de l’Autre révèle mes différentes facettes et entérine que j’existe aussi grâce aux autres.

Vénus ou la Créatrice de l’Être

Vénus est la force magnétique, le désir irrépressible de s’unir à l’Autre manquant. Elle étanche la soif la plus profonde, celle de réaliser « le mariage intérieur ». Le chant, la musique et la danse sont comme des actes d’amour pour la vie, que Vénus cultivent dans l’antre de ses potentiels. Le badinage ou « conter fleurette » enrichit l’existence d’une dimension ludique, joyeuse qui exulte le corps, l’esprit et le cœur, et fait alors partie des multiples cordes avec lesquelles Vénus joue une mélodie sensuelle, lascive et harmonieuse offrant à nos âmes la promesse d’une belle destinée.

La soif divine de Vénus, soif de Beauté et d’Amour, ne peut pas s’étancher à la fontaine de l’Autre, quand elle aspire à l’eau vive de la Source. La beauté n’est pas dans le matin qui se lève ni dans la rose qui s’ouvre : elle est dans le regard qu’on porte sur le monde. L’amour n’est pas dans l’enfant qu’on tient dans ses bras ni dans l’Autre qu’on étreint : il est un état intérieur, un espace qui s’ouvre à la mesure de notre présence.

Eric Berrut « Le Chemin en Soi »

Namaste


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