Un Chemin vers l’Inconscient : Psychologie et Tarot

A partir du moment où l’Être se dégage des simples préoccupations matérielles, l’esprit s’éveille et se tourne vers la nécessité de donner sens à sa propre existence. Il se met à participer activement à sa propre évolution, sa conscience s’élargit, il se différencie de plus en plus du monde environnant, de fait, il se plonge de plus en plus profondément dans l’accueil et l’écoute de son inconscient.
Cette quête de sens propre à l’humain, C.G.Jung l’a nommé « processus d’individuation » ; initialement, il se fait de manière souterraine sans qu’il y ait besoin de participation active. Mais parfois, l’inconscient reste muet, son expression, trop obscure reste inaccessible à l’interprétation.
Le Tarot, à travers des images, a une portée symbolique et devient un support susceptible de recevoir la projection du monde intérieur.
Le tirage du Tarot est comme la trame du canevas sur lequel on peut laisser fleurir sa propre broderie.

Elisabeth Leblanc (Psychologue-Analyste jungienne)

Il semble judicieux de définir la spécificité de la « psychologie » et celle du « Tarot » avant de construire un lien entre eux.

Psychologie : « Sciences de l’Âme »

Le mot « psychologie » est issu du grec ancien psukhé, qui signifie « âme », et logos, « sciences » ; et veut dire littéralement « Sciences de l’Âme ». Traditionnellement, l’aspect philosophique de ce domaine n’est jamais très loin.
Avant de se s’appuyer et d’aller voyager dans l’univers jungien, il est important de rappeler que le 1er traité de psychologie a été écrit par Aristote (322 av. J.-C), où il était déjà question de l’âme. Dans son processus de travail, Jung a eu à cœur de la placer au centre de son œuvre, tout en écartant sa connotation exclusivement religieuse. Pour lui, « se relier », atteindre le centre et révéler le Soi, c’est donner la possibilité au « moi » de rejoindre son âme.

De la psychologie, science humaine et science de l’Homme, qui offre une assistance universelle pour toutes les relations existentielles, à la psychologie des profondeurs, se trouve le prodigieux réservoir de l’humanité : « l’inconscient collectif », puits sans fonds des mémoires de la Mémoire. La fulgurance du génie de Jung fut qu’il en ouvrira l’accès : il aidera par sa méthode, les esprits torturés, tortueux, tenaillés, déchirés, persécutés, altérés ou obsédés à trouver dans la faille de leurs méandres, la lumière et la voie de la guérison.
Les postures contemporaines privilégient la supériorité du conscient, du physique et de la biochimie qui préparent le lit d’un terreau vide de substance, proposant une psychologie « sans âme ». Cela révèle le manque de prise de considération de l’inconscient, territoire inconnu, veillé, préservé par un gardien redoutable et souvent redouté, que l’analyse en profondeur permettra de rencontrer. En partant de l’inconscient collectif, c’est-à-dire de ce qu’il y a de plus longtemps lointain, de plus archaïque et de plus primitif en l’Être humain, et avant d’atteindre la conscience individuelle, il y a eu un homme remarquable : C.G.Jung et ses découvertes. Ce précurseur et pionnier de la « psychologie des profondeurs » propose l’aventure du futur par le biais de l’accouchement psychique et spirituel de l’Homme par lui-même.

Toute connaissance est à nos yeux une chose belle et admirable ; pourtant nous préférons une connaissance à une autre, soit en raison de son exactitude, soit parce qu’elle traite d’objets d’une valeur supérieure et plus dignes d’admiration ; pour ces 2 motifs, il est raisonnable de placer l’étude de l’âme au 1er rang. Il semble bien aussi que la connaissance de l’âme apporte une large contribution à l’étude de la vérité tout entière et surtout à la science de la nature, car l’âme est, en somme, le principe de toute vie.

Aristote.

Tarot : « Cheminement de l’Âme »

À première vue, il n’y a aucune relation entre la psychologie et le Tarot. Pourtant, l’iconographie du Tarot de Marseille est une émanation tangible de l’inconscient collectif. L’auteur de ce jeu de cartes est anonyme, par conséquent rien de particulièrement ou singulièrement individuel n’a pu s’y infiltrer, l’œuvre est collective et appartient à chacun et à tous. Les origines probables du Tarot plongent bien au-delà des possibilités de la vision. Le Tarot est une architecture à part entière, une structure élaborée qui dévoile un système symbolique parfait. Ce système permet alors de se relier à l’humanité par l’intermédiaire de ces images, reflets de grands archétypes fondamentaux. Le Tarot est un précieux livre allégorique dont le divination ne fait pas, ici, partie.
Les notions d’inconscient collectif et archétypes sont ainsi le point commun à la pensée de Jung et à l’essence même du Tarot. C’est ainsi que Jung s’est amusé à les mettre en adéquation et à les faire collaborer. De cette équation, l’ordonnance du Tarot de Marseille et l’énigme de sa naissance lui confère, plus que nul autre jeu, l’universalité propre à la révélation individuelle.
Les grands archétypes du Tarot de Marseille, les Arcanes Majeurs, sont au nombre de 22. Ils sont largement suffisants pour effectuer un travail et se juxtaposer aux concepts essentiels junguien. Toutefois, les 16 personnages, les valets, les reines, les rois et les cavaliers des 56 arcanes mineurs, ainsi que les 4 As, peuvent aussi intervenir pour aider à symboliser et se connecter à certaines images primordiales. Les autres lames, trop semblables et trop monotones dans leurs constructions graphiques, ne sont guère utilisables dans cette optique de symbolisation et de représentation archétypale.

Tarot : Miroir de l’Âme

Par l’intermédiaire de ses arcanes, le Tarot s’apparente à une véritable psyché dans laquelle l’Être peut contempler sa propre nature profonde. Les symboles manifestés par ces images ancestrales révèlent ce qui se tient à l’intérieur de chacun et qui se projette vers le monde extérieur. Pour tenter l’expérience que propose Jung, il faut devenir explorateur et alchimiste afin de s’instaurer maître d’œuvre de l’ouvrage le plus unique et le plus extraordinaire à créer celui qui mène au Soi.
L’explorateur est celui qui s’aventure sur des terres vierges, des terrains inexplorés, inconnus, menaçant voire périlleux, à l’instar du postulant à l’expérience analytique en recherche permanente des contenus de l’inconscient.
L’alchimiste est celui qui, partant du matériau le plus brut et  le plus vil, envisage de le transmuter et de le mener vers sa perfection, tout comme l’Être en quête de sa vérité envisage sa propre transformation.

Ce livre allégorique, constitué des arcanes du Tarot,  permet de savoir qui on est, et son utilisation n’est pas dans cette démarche, de prédire l’avenir. Le Tarot se présente comme un support qui rend possible l’accès à une zone de conscience en passant par les voies les plus obscures et les plus mystérieuses. Les lames du Tarot sont des symboles régies par la loi d’analogie. Par conséquent, lire un tirage de Tarot signifie savoir lire un ensemble symbolique, connaître et respecter ses règles. Sur un plan spirituel, l’enseignement livré par le Tarot est un enseignement ésotérique et initiatique.

Sur un plan psychologique, la relation ésotérique/exotérique est indispensable pour trouver le sens et donner sens à sa réalité.
Ce que l’on nomme « exotérique » s’applique à une instruction de doctrine qui est banalisée, vulgarisée afin de l’extérioriser vers un public non spécifiquement averti, c’est diffuser un message qui sera compris par le plus grand nombre appelé « public profane ». Cette définition se rapporte à l’extérieur et se manifeste sur un vaste plan.
À l’inverse, ce qui est concerné dans le domaine dit « ésotérique » se dirige à l’intérieur et s’adresse à des Initiés capables de comprendre le fondement secret et mystérieux d’une doctrine ou d’une étude. Dans le travail analytique ésotérique, exotérique, intérieur, extérieur se conjuguent pour que le « moi » puisse découvrir ses arcades personnelles, les intégrer afin de les mouvoir vers le monde extérieur.

Ceci dit après une large démocratisation du Tarot, on ne doit pas oublier sa vocation primordiale confiée par les alchimistes : c’est-à-dire révéler la connaissance, celle qui recèle les secrets de l’univers et celle qui détient les clés du mystère de chaque Être. Cette dernière met directement en relation avec la connaissance de l’âme humaine par les voies de la psychologie et de la psychanalyse.

Travail analytique du Jeu (Je) de Tarot

La projection est la fonction essentielle du transfert, étape incontournable et décisive à l’analyse. De ce fait, la richesse de l’arcane devient ainsi un formidable outil thérapeutique. Il filtre l’énergie qui se manifeste sur elle par son aspect du « jeu » (« je ») et offre ainsi la possibilité de repérer plus facilement et surtout plus subtilement le retrait des projections, autre stade fondamental de l’évolution personnelle. Le mot projection veut dire « jeter en avant », faire passer à l’extérieur ce qui se tient à l’intérieur. Se propulser et s’investir dans une image du Tarot revient à s’investir du pouvoir manifesté par cette image mais surtout du pouvoir que l’on confère à celle-ci. Les figures du Tarot montrent des personnages : s’identifier à eux, les rejeter, les aimer, les détester, s’avère donc inestimable. La participation mystique pour exprimer des relations qui n’ont aucun lien avec la raison et la logique, s’apparente à la projection et puise dans l’inconscient collectif. Pour Jung, ce sont « les yeux de l’arrière-plan qui voient, dans un acte impersonnel d’intuition ». Les images du Tarot et ce qu’elles permettent de distinguer font appel à cette « participation inconsciente ».
Un arcane du Tarot peut donc témoigner d’un indicateur de « complexe » dont l’Être n’a pas conscience, la définition de complexe étant, pour Jung, « des fragments psychiques dont la dissociation est imputable à des influences traumatiques ou à certaines tendances incompatibles ».
Les phénomènes de projection et d’associations ont leurs limites et l’analyse ne repose pas uniquement sur eux. Pour être performants, ces supports ont besoin d’étayés et complétés par d’autres.

Notre psyché est structurée à l’image de la structure du monde et ce qui se passe en grand se produit aussi dans la dimension la plus infime et la plus subjective de l’âme. C’est pourquoi l’image de Dieu est toujours une projection de l’expérience intérieure vécue lors de la confrontation avec un vis-à-vis très puissant

C.G.Jung, Ma Vie

Namaste

Cette article est issu de l’excellent livre de Carole Sédillot « Un chemin vers l’Inconscient »


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