Les Archétypes selon C . G . Jung

« Les images originelles et l’essence des archétypes passèrent au centre de mes recherches et il devint pour moi évident qu’il ne saurait exister de psychologie, et encore bien moins de psychologie de l’inconscient, sans base historique. »

C . G . Jung

Définition et Etymologie du mot « Archétype »

Etymologie du mot « archétype » est issue du latin archétypum et du grec ancien, arkhế « commencement » et túpos « type » qui signifie littéralement « premier type ».
L’archétype est un type ou modèle primitif et idéal en concurrence avec le prototype.
Il s’agit du modèle approchant de la perfection dans la philosophie de Platon.
C’est un concept appartenant à la psychologie analytique élaborée par le psychiatre suisse C . G . Jung, qui le définit par la tendance humaine à utiliser une même « forme de représentation donnée a priori » renfermant un thème universel structurant la psyché, commun à toutes les cultures mais figuré sous des formes symboliques diverses.

Ce sont dans les années 1919 que Jung parle de la notion « d’archétype » : émergeant de l’inconscient collectif, il fait figure d’images symboliques qui alimentent le réservoir de l’humanité.
Plusieurs d’entre eux sont déterminants et prépondérants dans le concept jungien comme l’animus/masculin, l’anima/féminin, la persona, l’ombre et le Soi. L’archétype est un modèle original et éternel. Il est évident, car ce n’est pas une représentation mais une forme de représentation emblématique. C’est une énergie qui s’exprime par le biais du symbole.
L’archétype désigne une grande matrice universelle, une image originelle appartenant à humanité et à laquelle chaque Être qui en est bénéficiaire se réfère d’une manière individuelle et spécifique. Ces modèles d’incarnation sont variables en fonction des époques, des cultures, des moments et des modes de vie. Pour le psychiatre, cette image n’est pas acquise et ne résulte pas d’une expérience : elle est innée et existe dans l’inconscient collectif.
De cet archétype universel se dégage donc ce qu’on appelle l’image archétype personnelle, elle peut se déployer sous multiples formes. La forme à travers laquelle se révèle l’archétype universel marque l’unicité et l’individualité de chacun. Jung explique que l’archétype apparaît comme un « noyau énergétique » qui ne peut atteindre l’Être tant qu’il ne se relie pas, d’une façon ou d’une autre, à ce qui est sa vie. Il pense que ce sont plus que des images mais des « briques fondatrices » à partir desquelles l’univers de nos représentations et de nos croyances s’élabore.

Les archétypes sont au monde psychique ce que sont les atomes au monde matériel : des unités « insécables » qui, en s’associant, créent, pour les uns, les mythes et les systèmes de croyances et, pour les autres, la chimie des objets sensibles. Comme les atomes, ils sont neutres. Ils sont donc invisibles et portent la conjonction des contraires : chargés positivement (protons) et négativement (électrons) de manière égale, porteur équilibrés d’Ombre et de Lumière. En ce qui concerne les archétypes, ils ne peuvent être perçus et compris que par les traces qu’il laisse dans le monde lorsque leur neutralité s’estompe.
La fonction d’un archétype, lorsqu’il surgit dans la conscience, consiste alors à permettre au conscient de revenir vers ses racines profondes, en vue d’un enrichissement. Mais ce processus ne réussit que lorsque la personne accepte de symboliser, de métaboliser, de travailler le sens de son expérience intime. Sans cela, elle est victime de la double nature de l’archétype : angélique et diabolique, idéaliste et barbare.
Jung insiste sur l’autonomie des archétypes. Ils ont leur vie à eux, indépendamment du conscient et ne sont pas créés par celui-ci. Ils sont des « forces signifiantes et agissantes » qui modifient les psychés individuelles et collectives au même titre que les lois de la physique décrivent des forces capables d’organiser ou désorganiser notre univers physique.
Les archétypes les plus essentiels restent l’archétype du père, de la mère, de l’enfant, du héros, du dragon, du diable, de la sorcière, de l’ogre.

Les mythologies, les religions, les légendes et autres récits traditionnelles contiennent de nombreuses images symboliques qui nourrissent le patrimoine collectif dans lequel chacun de nous se nourrit. Ces « images primordiales » sont traduites par la notion d’archétype sous l’impulsion de Jung. Elles sont inscrites dans l’inconscient de l’Homme depuis que l’Homme existe.
Ils sont engrammés au plus profond de l’inconscient depuis toujours. Ils forment une base incontournable à l’échafaudage de l’architecture mentale. Quand ils se manifestent, par l’intermédiaire de certaines images, ils sont source d’expérience unique et individuelle. Ils proposent une véritable rencontre, parfois déstabilisante et redoutable, toujours enrichissante, et permettent une réelle évolution.

Du point de vue astrologique, chaque planète du système solaire représente un ou plusieurs archétypes. Ainsi, par exemple Saturne illustre bien le personnage exemplaire du Vieux Sage ; la Lune l’anima et la jeune fille ; Mars, le héros et Mercure, la vie figure de l’éternel adolescent. L’archétype du Soi qui contient tous les autres est symbolisé par le Soleil.

« Vraiment, notre pensée ne peut pas même le saisir clairement car jamais, elle ne l’inventa ».

C . G . Jung

Archétype de la Grand-mère

Un des archétypes fondamentaux est celui de la mère, celle qui donne la vie, et son corollaire, la mort. Pour Jung, la présence la plus archaïque de cet archétype et celui de la Terre Mère ou de la Grand-Mère. Cette image initiale, la plus primitive en chacun de soi, peut revêtir de nombreuses formes. Il est évident que notre 1ère mère est notre maman. Mais, au-delà et encore plus loin de cette rencontre essentielle, émergeant de l’inconscient collective, existe-t-il pas une autre figure qui plonge ses racines dans ce puits sans fond ?
Cette Terre Mère nourricière qui féconde et enfante est-elle fée ou sorcière, douce ou cruelle, belle ou vilaine ?
Par le canal des rêves, des fantasmes, des projections, des associations, de l’imaginaire, cet archétype inévitable, l’un des plus puissants, peut surgir pour effrayer ou pour rassurer. Cette référence inconsciente se manifeste un jour ou l’autre et met en contact avec l’image archétype personnelle. Cet accès n’est jamais simple ni facile mais il permet la relation de la Mère à la mère, de la Mère Universelle à la mère personnelle. L’archétype qui permet de se projeter sur cette effigie de Grand-Mère offre la possibilité de libérer les liens qui attachent à la mère corporelle.
Cette figuration est donc commune à l’humanité entière. Ce grand emblème, archétype fondamental de la Grand-Mère, se juxtapose également à la figure de l’anima, autre archétype essentiel dans le travail de Jung. Dans la psyché, l’image de la Grand-Mère, bien que totalement différente, fait écho au caractère sacré de celle du « Vieux Sage », l’une et l’autre étant porteuses de connaissances et de maturité spirituelle.

Archétype du Vieux Sage

L’archétype du Vieux Sage est au masculin ce que la Grand-Mère est au féminin. Jung considère que l’anima se définit comme l’archétype de la vie (l’âme). Il était donc nécessaire de poser un corollaire indispensable complémentaire même si celui-ci s’avère souvent contradictoire : c’est l’animus (l’esprit), représenté sous les traits multiples du Vieux Sage.
La qualité du « Vieux Sage » en soi et de ses manifestations archétypales par le biais de la projection, fait fonction de différenciation. Partir du petit garçon pour conquérir l’identité du héros n’est pas une entreprise aisée. Sans la sagesse, cette aventure comporte quelques dangers. L’identification père est alors une étape fondamentale pour établir une base solide. Bien souvent, dans les mythologies et les références aux textes sacrés, le père du héros est un homme simple et modeste. Pour devenir le héros et accéder au Soi, il est nécessaire d’unir tous les archétypes. Le père projeté et réel et le père en soi doivent fusionner en une exceptionnelle quintessence du « Vieux Sage ».
Le parcours du Père au père est différent de celui de la Mère à la mère. Toutefois, si l’itinéraire prend une forme dissemblable, il s’exprime à l’identique sur le fond. Par l’intermédiaire de la mère s’infiltre l’âme et par celui du père, l’esprit. Mon père, ce héros, peut apparaître sous les traits du plus humble au plus glorieux, du plus haï au plus aimé, mais il est toujours en relation avec une figure du Vieux Sage, incarnation de l’esprit de son potentiel créatif.
Cette allégorie du vieil homme est porteuse du temps. Elle contient le fond et le fondement de l’humain et de l’humanité. Ce qu’elle a emmagasiné va bien au-delà de la conscience. La rencontre avec le « Vieux Sage », guide et maître spirituel, invite à communier avec le mystère et à réaliser l’expérience infinie de la relativité, celle qui met en jeu notre destin par l’intermédiaire de la vie et de la mort.

« Lorsque nous avons fait l’expérience des archétypes, nous prenons peu à peu notre autonomie en les comprenant et en découvrant ses valeurs en dedans de nous ».

C . G . Jung

Le « Vieux Sage » et la « Grand-Mère » sont des personnifications les plus immédiates de l’animus et de l’anima. Quand ils se manifestent via les rêves ou les images, ils créent un véritable pont, tels d’efficaces médiateurs entre le conscient et l’inconscient. Pour Jung, ces archétypes sont donc beaucoup plus qu’une figuration de l’inconscient, ils indiquent plutôt une « fonction de relation » avec l’inconscient. Sans aucun doute, cette nuance dévoile une énergie dynamique essentielle.

Namaste

Source : Carole Sédillot ; pédagogue jungienne. Elle est conférencière, formatrice en symbolique et mythologie. Elle œuvre à une diffusion de la psychologie jungienne, mieux nommée psychologie des profondeurs.


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