La Persona et l’Ombre dans le Tarot

« Le reflet n’est que l’ombre de l’apparence, la véritable lumière
est dans l’essence même de notre vie »

l’Inconnu

Persona et Tarot

Comme on l’a indiqué précédemment dans l’article sur le « moi », tous les arcanes majeurs peuvent se substituer au rôle de la persona. Cette analogie est d’autant plus intéressante pour celui qui incarne le « moi » au regard de celui qui a vocation de persona. Dans cet exercice, on observera la nécessité et la complexité du partenariat.

1. Le « moi » : Tempérance | la persona : l’Empereur

Quand le « moi » s’habile de l’énergie de Tempérance, l’Être se montre conciliant, diplomate, nuancé et apte au compromis. Sa nature profonde est sans excès, pacifiste, voire vulnérable.

Quand la persona s’incarne dans l’Empereur, l’Être prend les traits d’une personne autoritaire, affirmée, déterminée. Sa posture est force, sûreté, maîtrise et confiance en soi.

Ici, le paraître, l’Empereur au regard du monde extérieur, est perçu comme une personne qui va se positionner dans une attitude solide, qui sait se faire respecter, elle est crainte et assume ses responsabilités. Cette personne se montre rassurante et puissante masquant son côté vulnérable et sensible du « moi », figurée par Tempérance, porteuse d’une assurance manquante. L’Empereur, dans cette posture, occulte les valeurs de souplesse et d’adaptation normalement naturelles du « moi ».
Cette collaboration incite à la progression du « moi ». En effet, Tempérance ne doit pas devenir l’Empereur, elle doit exprimer les qualités fondamentales qui sont les siennes pour qu’elle s’allie harmonieusement avec l’énergie de l’Empereur. Elle ne doit pas, non plus, se débarrasser de cette dernière afin d’accomplir sa propre destinée.

2. Le « moi » : le Pendu | la persona : la Maison Dieu

Quand le « moi », pied et poings liés, prend la posture du Pendu, c’est qu’il se sent en difficulté, il a du mal à s’exprimer et se sentir libre. Ces idées sont à l’envers et ont du mal à s’adapter à un référentiel logique et cohérent. Dans cette dynamique, l’état de différence demande à être accepté.

Quand la persona se révèle sous la forme de la Maison Dieu, des énergies de révolte et de révolution, d’illumination ou d’aveuglement jaillissent alors d’une manière archaïque, avec impulsion et surprise. Le besoin et la nécessité d’éclatement sont prédominants.

Dans ce contexte, la relation du « moi » et de sa persona s’exprime de façon conflictuelle, perturbante et désordonnée. D’un côté, l’inertie du « moi » avec le Pendu reflétant le manque de confiance et d’assurance, la timidité et la difficulté à s’affirmer, trouve son réconfort et matière à fonctionner par le biais d’un comportement de la Maison Dieu, imprévisible, stressé et stressant, agressif et sans structure. De l’extérieur, cette personne est considérée comme instable et agitée, alors qu’en réalité il s’agit d’un être tétanisé et bloqué intérieurement.

« Accompagner une personne, c’est se placer ni devant, ni derrière, ni à sa place, mais se tenir à ses côté. C’est être dans l’écoute et la présence ! »

Joseph Templier

L’accompagnement se faisant par le jeu du Tarot peut consister à laisser la libre interprétation par « l’analysé », qu’il connaisse ou non la signification des arcanes. L’expérience montre que les révélations sont souvent plus riches en enseignement dans l’ignorance symbolique de celle-ci. On rappelle ici que le Tarot n’étant qu’un prétexte, une manière différente de prendre contact avec les mystères du monde intérieur. C’est une aide pour aller se propulser dans les profondeurs de l’Être, car il y a un ordre, une ordonnance, voire une hiérarchisation, dans les étapes à franchir avant d’atteindre le but proposé par le processus d’individuation. La genèse de cette exploration démarre donc par la projection du paraître la persona et de sa collaboration plus ou moins consciente et évidente avec le « moi » qui ne perçoit qu’une partie de son Être. Au seuil de cette plongée abyssale se tient la prochaine rencontre : l’Ombre.

Ombre et Tarot

1. Première figure de l’ombre : le Diable

Envisager « le mal » et l’accepter, c’est déjà envisager « le bien » et l’accepter, l’un ne pouvant exister que par la présence et l’expression de l’autre.

Sagesse philosophique

Le Diable du Tarot, bien que de forme humaine, a les pieds et les mains griffus, au regard tordu : il louche. Quant aux diablotins à ses pieds, esclaves enchaînés, ils montrent un aspect encore plus primitif et plus archaïque.
Avec le Diable, le risque de confusion de l’Homme et de la bête est permanent. Le salut se trouve dans la qualité conscience. Il lui faut identifier le « bien et le mal ».
Cette phase du cheminement peut s’avérer délicat si, culturellement, ces notions de « bien » et du « mal » sont véhiculées par la culpabilité définie par des religions bien que trop dogmatiques.
Dans le langage alchimique, cet arcane joue un rôle important par le message qu’il délivre : l’Homme n’étant enchaîné que par l’ignorance, c’est par la transformation de sa méconnaissance qu’il peut prétendre atteindre la lumière.

Le Diable, en tant que double obscur de la figure de l’Homme, peut être symboliquement rattaché au concept de l’ombre. Dans une optique psychanalytique, le Diable, tout comme Dieu, est une complexe représentative de nature archétypale. Il convie donc de se dégager des caractères spécifiquement religieux et métaphysiques, tout en sachant qu’ils sont néanmoins liés, au profit de caractéristiques plus psychiques. Cette image archétype qui surgit, relie le « moi » à une strate particulièrement archaïque de l’inconscient. Elle avertit un risque de scission, de rupture d’équilibre du psychisme. Le Diable, du grec diabolos, signifie « qui désunit » et a pour but de séparer l’Homme de Dieu. Il opère en se mettant en travers du « moi » qui veut se rallier au Soi.

L’évolution et la progression de l’Être passe donc par cette rencontre inquiétante et stressante du Diable. Face à cet affrontement, il s’agit pour la conscience au travers du « moi », d’accepter de transformer et d’intégrer son ombre.
Le Diable met en lumière les instincts, les plaisirs, les désirs et les passions, le refus, l’insoumission, la révolte et la désobéissance qui structurent cette énergie. L’être grandit et se construit par les combats engagés contre ses limites, ses imperfections et ses insuffisances. Le processus d’individuation passe obligatoirement par ce désordre et offensive de la rencontre avec le Diable, porteurs et portés d’une multitude de subtilités obscures. L’affranchissement de ces sombres puissances est la garantie de l’accès aux formes lumineuses.

2. Seconde figure de l’ombre : l’Arcane sans Nom

« Mourir à soi-même n’est pas mourir soi-même »

Sagesse philosophique

L’accès aux ténèbres et à l’ombre mène à une nouvelle clarté, une nouvelle conscience. L’image figurée sur cet arcane du Tarot ne déploie aucune complaisance avec les compromis. Derrière elle, par le biais de la métamorphose, un autre état se profile, une autre forme doit éclore. La croissance se dévoile par la coupure et le moyen pour l’opérer. La faux tenue par le squelette n’est pas virtuelle, sa réalité conduit au concept et à l’instinct de mort. Le « moi » est à l’œuvre pour et vers l’Œuvre (Soi). Les prises de conscience relative à l’ombre sont toujours en corrélation avec la notion de perte : sur le sol noir de l’arcane, tête, pieds et mains coupées vont s’engloutir.
Les sombres révélations d’une partie de l’ombre contraignent à relativiser en ébranlant dangereusement les repères du conscient.

Dans la figuration de l’ombre avec l’Arcane sans Nom et le Diable, le premier montre la possibilité, à travers la faux, de trancher et de libérer les liens qui entravent les 2 personnages que domine le Diable. Le « moi » ne doit pas rejeter l’ombre, il doit l’intégrer. Pour cela, il faut s’en séparer et ne plus s’identifier à elle. Le squelette et la faux sont de précieux atouts pour effectuer l’opération, cependant le conflit inhérent à la confrontation avec l’ ombre n’en demeure pas moins inquiétante et angoissante.
Ce massacre est un véritable démantèlement de l’organisation du psychisme. Si le « moi » ne perd pas complètement le Nord, son sens de l’orientation se trouve pour un certain temps largement perturbé.

Pour des raisons de symbolisme ésotérique, cet arcane du Tarot n’est pas nommé et il serait tentant de l’appeler la « mort ». L’image, cependant, implique son corollaire inévitable pour la « vie ». Bien que cruelle et déstabilisante, cette étape douloureuse de la rencontre avec l’ombre s’apparente à un formidable espoir d’évolution. En donnant au « moi » la possibilité de rencontrer ses opposés, qui n’ont pas ici, fonction de complémentarité, elle lui permet le contact avec le réel. En restant vigilant dans l’attente d’une intégration totale de l’ombre, la nature humaine a de formidables ressources pour venir à sa rescousse et aider à sa transcendance, elle possède également une puissance pulsionnelle extrême qui la lie aux profondeurs les plus inaccessibles.

L’ombre place le « moi » en contact avec son drame personnel. La mise en lumière de l’ombre n’est pas systématiquement une ombre. Sa recherche s’avère indispensable sous peine de régression, car plus le temps passe, plus les contenus de l’inconscient ont une fâcheuse tendance à s’orienter vers des états de plus en plus archaïques et indifférenciés. Le coup de projecteur allumé par le « moi » et sa conscience annonce le lever de rideau du rideau.

« Toute la sagesse humaine repose sur l’Amour, qui marche dans le vie sans amour avance enseveli vers ses propres funérailles »

Sagesse Tarologique

Le Tarot est une méthode de codage par les symboles, les signes, l’écriture et les couleurs ; c’est un jeu d’esprit avec une structure bien définie et organisée construite par les Arcanes. Le mot lui-même, du latin arcanus, veut dire caché, secret et mystérieux. Il accompagne et permet à l’Être d’aller voyager au plus profond de lui-même à la découverte de toutes les identités du « moi », il guide à la lecture du subconscient afin d’offrir à l’âme, la possibilité de devenir un Être incarné complet, intégré qui porte un regard clairvoyant et généreux sur le monde.

Namaste

Source : Carole Sédillot ; pédagogue jungienne. Elle est conférencière, formatrice en symbolique et mythologie. Elle œuvre à une diffusion de la psychologie jungienne, mieux nommée psychologie des profondeurs.


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