Apogée de l’Ombre : Solstice d’Hiver

Il faut toujours un hiver
Pour bercer un printemps

Sagesse Terrienne

Etymologie

Nom formé à partir de 2 éléments latins :
– sol qui signifie « soleil »
– stare qui signifie « s’arrêter ».
D’après son étymologie,  ce mot signifie donc « l’arrêt du soleil ». Ce mot est apparu en Français au 13ème siècle.

Définition

Le solstice est un événement astronomique qui se produit lorsque la position apparente du Soleil vu de la Terre atteint son extrême méridional ou septentrional en fonction du plan de l’équateur céleste ou terrestre.  Il s’oppose ainsi à l’équinoxe qui se produit lorsque la position apparente du Soleil est située sur l’équateur céleste. Tandis que les équinoxes se caractérisent par une durée égale entre le jour et la nuit sur toute la planète, les solstices correspondent à une durée de jour et de nuit maximale, alternativement et de façon opposée, entre les hémisphères Nord et Sud.

Ombre : le double Spirituel

Toute Lumière a son Ombre

Proverbe Anglais

L’ombre, du latin Umbra, est considérée symboliquement comme contenant l’âme de la personne, ou comme figurant son double ; de ce fait toute atteinte à l’Ombre serait funeste, il serait dangereux de la couper, de la piétiner, de l’étêter. Révélée par la lumière du Soleil, l’Ombre matérialise la connaissance, la vérité et, de la même façon qu’elle se projette sur le sol, elle manifeste la « réalité de l’âme ». Dans la tradition gréco-romaine, les Dieux n’ont pas d’Ombre, c’est une marque distinctive qui permet d’ailleurs de les identifier puisqu’il peuvent prendre n’importe quelle apparence pour interférer dans les affaires humaines ou duper les mortels.
Pour Platon, l’Ombre évoque le thème de l’apparence et du phénomène. A l’instar du reflet dans le miroir, l’Ombre n’est que la projection de l’Être, non l’Être lui-même. Elle révèle uniquement les apparences trompeuses, elle cache le Soleil, elle masque la vérité et dissimule le moi profond.

Ombre et Froidure

Le Solstice d’Hiver est la nuit la plus longue de l’année et donc le jour le plus court. Le Soleil est à son nadir annuel, soit le minuit symbolique : cela transcrit la victoire des forces de la nuit profondes intérieures.
Au solstice, le Soleil « semble s’arrêter » et rester immobile. Plusieurs fêtes célèbrent les solstices depuis la nuit des temps. Il est associé à l’élément feu, le principe yang ou la transformation spirituelle.
C’est le jour le plus sombre, le plus noir, celui de l’Hadès des Anciens, mais qui contient la graine de lumière, l’espérance de croissance, la certitude des jours clairs ; en effet, c’est le moment où le Soleil sort « des ténèbres de la matrice hivernale ».
C’est le temps où la nature est dépouillée, le Terre est dans un état d’une extrême vulnérabilité ; en d’autres termes, lors de la nuit la plus longue, la Terre trouve la lumière intérieure pour remplacer celle extérieure qui n’est plus. Le Solstice d’Hiver plante par excellence l’aspect spirituel du processus d’élévation. Il pousse à se débarrasser des choses matérielles devenues inutiles et superflues qui font obstacles à toute quête intérieure.
Après le ralentissement impulsé par l’Equinoxe d’Automne, qui installe avec douceur une réduction d’activité et une préparation à l’introspection, le Solstice d’Hiver nous invite à une méditation initiatrice de nos profondeurs et un voyage plus approfondi de nos territoires intérieures. Avec l’accompagnement symbolique de cette période, on peut expérimenter les notions de mort, transition et renaissance.
C’est la capacité de la nature et de l’Homme à émettre une énergie régénératrice qui se fait en puisant dans les forces souterraines et intérieures, l’environnement étant devenu hostile à l’extérieur. Ce passage froid et obscure symbolise le présence et l’épanouissement d’une lumière intime personnelle, ce cheminement ne peut être qu’interne car il touche à la conscience.

Au milieu de l’Hiver, j’ai découvert en moi un invincible Eté.

Albert Camus

Origine de Célébration du Solstice d’Hiver

Les origines de tout culte ancien se trouvent dans ce qui est le « commencement » de la vie sur Terre et qui, « depuis le commencement », a fait l’objet d’adoration et de vénération : le Soleil. Depuis la nuit des temps, les peuples célèbrent la lumière, son départ ou son retour. Le Solstice d’Hiver, ou le « retour de la lumière », nommé communément la « Naissance du Soleil », trouve ses racines dans les fêtes païennes ancestrales.
Le peuple celte fêtait Yule, le 2ème sabbat après Samain, suivant le rythme de la nature en glorifiant la passage de l’Automne à l’Hiver doublé du changement d’année. Il honorait et faisait appel aux forces sacrées et magiques de la nature pour réussir le passage de l’ancienne à la nouvelle année. Les Celtes sanctifiaient le Solstice d’Hiver le 25 décembre au lieu du 21 : pendant ce festival paganique, ils vénéraient les forces de la nature avec le Soleil comme astre tout puissant du monde magique. Ils étaient invités à faire le bien autour d’eux et préparer leur foyer pour l’hiver. Ce rituel représentait le jour le plus court de l’année, celui où la nuit était plus importante que le jour.
Les Romains antiques, eux, célébraient à cette même époque les Saturnales, en honneur du Dieu Saturne, Dieu de l’agriculture. Cette fête, avec banquets et échanges de dons, très importante dans leur culture, était de bon augure pour la prospérité et la paix de l’année à venir.
De nos jours, nous célébrons Noël qui vient du latin natalis (dies) ou « jour de naissance de la lumière ». De là et avec l’avènement du christianisme, se construit un nouveau mythe lié à ce moment particulier d’obscurité maximale qui devient la « Lumière du Monde » portée par la figure de Jésus Christ, le « Sauveur » ou le « Soleil de justice ». Noël n’est donc pas, à proprement parler, l’anniversaire de la naissance de Jésus, dont on ignore la date, mais bien la célébration du Seigneur venant dans le monde. Les prières liturgiques et les sermons des évêques de ces siècles insistent sur la signification « mystique » de cette solennité : Dieu se fait homme pour sauver l’humanité et la mener à sa pleine réalisation dans le Royaume des Cieux.
Pour résumer, la date du Solstice d’Hiver est le jour où le soleil commence son retour dans le ciel boréal. Les païens qui adoraient Mithra, originellement dieu indo-iranien, célébraient le Dies Natalis Solis Invicti, « le jour de la naissance du Soleil invincible ». Son culte est apparu probablement pendant le 2ème siècle avant JC en Perse. Sol Invictus, le « Soleil invaincu » est une divinité solaire apparue dans l’Empire romain au 3ème siècle. Elle reprend des aspects de la mythologie d’Apollon et du culte de Mithra, connaissant une grande popularité dans l’armée romaine. Il se développa à Rome à partir de la seconde moitié du 1er siècle de notre ère.

Je suis la porte, si quelqu’un entre par moi
Il sera sauvé.

Jean 10,9

La Porte : Point de Passage Initiatique

La porte est un lieu de passage mystérieux entre 2 mondes, 2 états ou 2 conditions. S’autoriser à passer la porte, c’est quitter le connu pour l’inconnu, le profane pour le sacré, le matériel pour le spirituel, le terrestre pour le céleste, les ténèbres pour la lumière. La porte, c’est aussi « l’ouverture de la conscience ». Ce rituel propose une transformation intime : apprendre à se dépouiller, retrouver son authenticité primordiale en mourant de ses illusions, il annonce un cheminement d’avancement autant que de dérobade, autant de progrès que de retour. Il signale un rendez-vous avec soi-même à ne pas louper !
Refuser d’ouvrir la porte serait renoncer à ouvrir les yeux, la gardien n’est autre que nous-même, il ne s’incline pas devant le pur élan du cœur. Accepter d’ouvrir la porte, c’est lâcher prise, s’élancer vers l’inconnu, plonger en soi pour assumer de se connaître vraiment. C’est trouvé « sa propre demeure », entrevoir sa vérité.

Il est nécessaire d’accepter ce que vous ne voulez pas être,
Pour arriver à être ce que vous voulez être.

Lise Bourbeau


La Porte des Dieux ou le Solstice d’Hiver

La Porte des Dieux (la porte Ascendante), ou la porte du Solstice d’Hiver, est gardée par le Seigneur gardien Saturne qui ouvre la saison de l’Hiver dans le signe cardinal du Capricorne, dans la nuit du 21 décembre au 22 décembre, avec sa clé d’Or. On a atteint les limites des profondeurs. On quitte la forme mise en place à l’ouverture du portail d’été en Cancer, la porte Descendante ou le « Portail des Hommes » gardée par La Lune avec sa clé d’argent. Elle a offert un chemin de 6 mois propices à un dépouillement total permettant d’accéder à d’autres plans de conscience. Chaque jour passant, l’obscurité devient de plus plus dense nous incitant à l’intériorité et l’introspection.
Saturne qui prend la relève des 6 prochains mois, nous accompagne alors pour amener la lumière vers notre intériorité afin d’éclairer les parties obscures de nous-même qui ne sont pas en conscience. Ce vortex très puissant donne accès à la naissance spirituelle, aux grands mystères, ceux qui guident à l’élévation de notre âme vers des plans plus subtils afin de retrouver notre finalité, la Source.
On revient, ici, à la figure mythologique de Janus au double visage, gardien des portes solsticiales de l’époque romaine. Avec l’avènement du christianisme Janus, qui veut dire Jean en latin, se transforme en Jean Baptiste (fêté le 24 juin) pour Janus au visage de vieillard, gardien de la « Porte des Hommes » au Solstice d’Eté, et Jean l’Evangéliste (fêté le 27 décembre, celui qui ne meurt jamais) pour Janus au visage de jeune homme, gardien de la « Porte des Dieux » au Solstice d’Hiver. L’un indique le passé, l’autre indique l’avenir.

Rituel du Solstice d’Hiver : Honorer la Nature et « Sa propre Nature »

Aimer le froid d’Hiver
C’est apprendre à aimer la chaleur du Soleil de notre intériorité.

Sagesse Céleste

Afin d’honorer notre partie sombre et le processus de travail intérieur qu’alimente le passage du Solstice d’Hiver, il peut être judicieux de l’accompagner de rituels.
On peut par exemple décorer sa « maison » d’éléments naturels en privilégiant le monde végétal tout en le respectant. On peut prélever sur des plantes vives, branches et fleurs en conscience et parcimonie, la coupe des extrémités ne met pas en danger la vie du végétal, cela va même le ressourcer. De même, il est mieux de privilégier la cueillette de bois mort et autres éléments comme les feuilles, coques ou noix tombés au sol afin d’enrichir la décoration. D’autre part, il n’y plus de pleine lumière, on peut alors recréer la chaleur du foyer en l’animant d’un feu de cheminée et inventer une ambiance tamisée et magique en allumant des bougies. Se faire plaisir en ces temps froids et hostiles, c’est s’offrir la chaleur du cœur – plaid, gros pull, vin chaud à la cannelle et pain perdu – et ré-ouvrir la porte du monde féérique de l’enfance.

*Allumer des Bougies ou stimuler le symbolisme de la lumière divine. Le mot bougie trouve ses racines dans la ville algérienne Bugia : réputée pour la finesse de sa cire, le mot signifie « lumière spirituelle ». Le rituel des bougies intervient dans les rites sacrés ou profanes pour établir la vérité, il porte l’espoir ou établit la médiation. Véhicule de la lumière divine, la bougie est l’instrument de la révélation. Elle permet de sortir des ténèbres, elle accompagne la prière ou la méditation, elle diffuse une lumière douce, subtile, qui en fait le support idéal des pratiques spirituelles. Dans son opposition aux ténèbres, la bougie participe au triomphe du bien et du mal ; c’est pour cela que dans les rites du baptême, du mariage, de la mort, on allume des bougies afin que « les mauvais esprits » soient tenus en respect durant ces moments cruciaux. Symbole de régénération, souffler des bougies lors de son anniversaire relève d’une pratique antique : chaque anniversaire était envisagé comme une nouvelle naissance instituée par la bougie qu’on éteint par le souffle pour « faire mourir l’ancienne année » et donner place à une nouvelle.
A contrario, allumer une bougie pour un défunt, c’est lui redonner vie par la flamme ; dans ce cas, on ne souffle pas pour l’éteindre car de fait « on enlève le souffle de vie », on la laisse se consumer jusqu’au bout de préférence, ou bien on utilise « un éteignoir ».

*Couper le Gui : ou le symbole privilégié de fertilité, de vitalité et de longévité. Associé au chêne, il en partage les significations de force et de puissance, de solidité et de vigueur. Le Gui est une plante qui peut nous amener dans l’autre monde, c’est aussi une allégorie phallique depuis la nuit des temps, le couper à la nouvelle année représente « l’émasculation symbolique » de l’ancien Roi par son successeur d’une année sur l’autre, on peut projeter cet acte comme « la mort de l’ancien moi » faisant place au nouveau. De ce mythe découlent les qualités du gui comme étant régénératrice d’énergie vitale, il apporte la purification d’un monde usé et corrompu pour laisser la place à un monde neuf et vierge de toute souillure. Le gui est l’instrument de purification et de régénération par excellence.
Le gui constitue aussi la seule plante qui fleurit l’hiver : selon les croyances, il est donc pourvu de tous les bienfaits, ses baies blanches participent à sa réputation positive. La cueillette du gui chez les Celtes et les Gaulois devait se faire sous la gouverne de rites précis et immuables. Seuls les druides étaient habilités à trancher les branches avec une faucille d’or, le 6ème jour suivant le Solstice d’Hiver. Le gui contenait « l’eau de chêne », véritable sève sacrée, fabriquée et assimilée durant l’été. Considéré comme la panacée, le gui, selon les Anciens était une plante sacrée et magique capable de guérir toutes les affections et améliorer toutes les situations difficiles. S’embrasser sous le gui durant la nuit de Noël assure aux personnes ou à l’année à venir l’abondance et la prospérité.

*Tradition de la Bûche de Yule : c’est faire brûler un morceau de bois dans un poêle, une cheminée ou dans un chaudron, pour en libérer tout son pouvoir magique, salutaire et bienfaiteur. Chaque Celte prenait sa propre braise pour allumer son propre feu. Il mettait la bûche à brûler gravée de vœux ou de symboles protecteurs pour la nouvelle année. Quand la bûche était complètement consumée, il gardait le charbon qu’il conservait dans leur demeure comme protection contre les incendies et pour inonder le foyer d’abondance. Ce même charbon servait à rallumer la nouvelle bûche l’année suivante.
Vous pouvez pratiquer aussi ce rituel en décorant votre bûche avec des éléments qui brûlent comme des ficelles ou rubans, des branches de sapin, bâtons de cannelle et des peaux séchées de mandarines ou d’oranges.

La Dualité Solsticiale.

Les 2 solstices offrent une représentation la dualité, mais une dualité qui s’exprime dans sa dimension cyclique, dynamique. Les 2 solstices ne sont pas opposés mais complémentaires : ils actionnent en réalité la même fonction et peuvent être mis en corrélation.
La phase de déclin, d’abandon (entre le solstice d’été et le solstice d’hiver), traduit un effacement progressif de la lumière extérieure, signe d’atténuation de la matière et de l’égo. Elle correspond à un accroissement de la lumière intérieure, rendu possible grâce à un travail sur soi et à un effort de compréhension. Nous avons là une sorte d’aspiration de la lumière extérieure pour la rendre intérieure.
Le Solstice d’Hiver, ou la « porte qui s’ouvre sur la lumière », accompagne un processus de « mort symbolique », signe en fait de renaissance, annonçant l’opportunité d’un monde nouveau, d’une nouvelle chance. L’expression de vie est à son périgée, signe que la lumière est triomphante à l’intérieur de l’Être. Il marque l’aboutissement de ce travail : le corps est abandonné (c’est la mort physique), l’œuvre au dedans est terminée ; l’Esprit peut enfin se manifester dans toute sa grandeur.
La phase d’ascension, de dynamisme qui suit (entre le solstice d’hiver et le solstice d’été), annonce une réintégration de l’Esprit à la matière : c’est un retour au monde, une nouvelle Alliance fondée cette fois sur l’harmonie et l’Amour, la loi de Jésus. C’est la croissance, le développement de l’Être nouveau.
Le Solstice d’Eté marque l’apogée de cet Être. Il ne pourra alors que décliner et mourir, pour permettre la naissance future d’un être encore meilleur. Ce solstice est en effet « une porte qui se ferme » alors que l’expression de vie est à son apogée annonçant déjà le futur déclin, le triomphe de la lumière se manifeste à l’extérieur, masquant par son éblouissement notre intériorité.

Ainsi, le cycle solsticial montre une série de purifications successives qui s’inscrivent, telles les transmutations alchimiques, dans un logique de progrès, d’évolution et d’amélioration de l’Être. Chaque déclin porte en lui une opportunité nouvelle. Chaque phase de croissance annonce un déclin prochain, et donc une renaissance future.

Namaste


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